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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 19:33

 

Dès ma première année, je me suis trouvée dans un service de psychiatrie avec une population de psychotiques chroniques et j'ai été interpellé par la situation suivante.

Me J est atteinte de la maladie de Hundtington à un stade très avancé. Cette maladie est une affection neurodégénérative se traduisant par la disparition de neurones cérébraux, d'où une apparition de troubles dans les mouvements et psychiatriques. Dans le refus de soin, elle se montre violente, agressive, criant et tapant notamment lors du bain-douche.

Ce jour là, nous sommes deux ( plus une aide soignante dans le service). C'est la première fois que je participe à ce soin avec elle. 

Me J est mise sur le lit-douche, nous la déshabillons, une tient les membres pendant que l'autre enlève les vêtements. Il faut aller vite. Je la tiens pendant que l'infirmière la lave. J'essaie d'être ferme mais sans lui faire mal. Elle se dérobe, tape ma collègue et manque de tomber. Cette fois-ci, je n'ai pas le choix, il faut qu'on finisse! Je me décide à peser de tout mon poids sur ses jambes.

L'AS vient en recours pour tenir les bras. Nous la rinçons, la rhabillons et nous la rasseyons dans son fauteuil avec ses contentions. Je comprends mieux les ecchymoses aux jambes qui m'avaient interrogées lors de soins précédents et en même temps j'ai peur de lui avoir fait mal.

En plein désarroi, je prends du temps pour en parler avec l'équipe. En effet, en entrant dans les études avec un idéal infirmier, de respect de la personne et d'accompagnement, je me trouve là confrontée à une situation totalement opposé à mes perceptions antérieures. Une AS me dira: " Et tu veux faire comment? Elle nous met en danger en essayant de nous taper, elle manque de tomber et de heurter le radiateur avec la tête. On voudrait tous faire autrement mais y'a pas le choix." Même si ses mots me rassurent un peu, je me sens interloquée et ressens une certaine gêne car j'ai l'impression d'avoir été dans la maltraitance.

 

Deux ans plus tard, ce ressenti rejaillit dans une situation similaire mais avec un public différent.  C'est mon premier stage de troisième année et je suis dans un service d'accueil de jeunes en institution qui présentent des troubles du comportements envahissants. Les enfants y restent pendant des séjours de trois semaines.

A a 13 ans, une agitation psychomotrice très marquée à l'engagement et au désengagement. Le lundi de la dernière semaine du séjour, il se montre particulièrement agité. Il se tape la tête, insulte les autres patients, se lève sans autorisation, crie...Oralement, je lui rappelle les règles. Au bout de plusieurs fois, j'ai l'impression que ça ne sert à rien, de m'épuiser sans être efficace.  Nous avions instauré un système de croix au tableau avec une punition au bout de trois. Nous lui mettons une deuxième croix .

Toujours agité, nous lui proposons de s'asseoir et de réfléchir à son comportement. Mais il ne peut rester immobile. Très rapidement, il se bagarre avec un jeune. Nous lui demandons de sortir mais il refuse, tapant sur le fauteuil, courrant... L'infirmière me demande alors de l'aider pour le contenir. Nous lui maintenons les bras derrière le dos et l'emmenons à l'écart. L'infirmière lui parle en même temps sur un ton posé qui évoque l'instant présent , l'attention centrée sur lui. Elle le contient et le stabilise par le regard et la parole. Une détente s'opère et nous relâchons la pression de notre contention physique au fur et à mesure.

Certes, je comprends l'utilité de l'action de contention physique que nous venons de mener mais la violence à laquelle nous avons été amené pour ce geste me gêne et me pose question. N'y a t-il que la contention  physique avec toute la violence qu'elle engendre qui peut répondre à un besoin de cadrage avec en jeune en psychiatrie?

 

 

 

En quoi contenir physiquement peut poser des difficultés au soignant ?

Pour moi soignante, quelle  est la nature de ce geste : soin, parade, réaction ?

Existe-t-il une alternative à la contention physique ?

Entre soin et recours par défaut, comment le soignant se situe-t-il ?

            Le ressenti qu'il a n'influence t-il pas la prise en charge soignante

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Published by heike - dans l'infirmier
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commentaires

Jayce 25/10/2009 17:19


bonnes questions !!! heuuu pas de réponses par contre !!


Maliboo 24/10/2009 17:36


Namasté Heike
Ce texte donne vraiment à réfléchir et il exprime très bien le fossé existant entre la théorie, et la pratique, entre l'idéal et la réalité ...