Des cours en soins infirmiers, mais aussi des recettes de cuisine et des lapins^^
- Quel est ton métier ?
-Infirmière
- A l'hôpital ?
- Non, en maison de retraite.
- Ah, ca doit être dur _ ou _ t'en a du courage _ ou _ c'est trop dur, ca doit être difficile...
Combien d'infirmiers en EHPAD ont eu cette conversation avec leur entourage, leurs amis ou des inconnus .
Que dire à ces gens?
J'aime mon métier et j'aime le pratiquer en EHPAD. Non, ce n'est pas tous les jours faciles mais quel est le métier facile ?
Je dis souvent que en EHPAD, je préfère les déments à ceux qui ont toutes leurs têtes car ces derniers estiment qu'ils payent tant et que donc on doit être à leur services et tout leur faire. Ce n'est pas pour ca que je suis salariée mais au contraire pour les aider à être le plus autonome possible sans se mettre en danger.
Alors, il faut de la patience car on répète souvent la même chose, on répond aux mêmes questions. Certains peuvent être opposants aux soins, agressifs mais ce n'est pas le cas de tous...
Et comme c'est gratifiant quand Mme Y démente, grabataire et très rétractée sur elle même, qui parfois nous pince, me réclame un bisou ou comme ce matin se laisse aller contre moi, à me faire un calin.
Monsieur V, Alzheimer, s'énerve vite. Il ne comprend pas ce que les autres résidents veulent et alors il s'emporte. Il pourrait être violent. Il peut faire peur aux inconnus. Il suffit en fait de lui sourire, le faire rire, lui donner un potage ou quelque chose à manger pour que la tension montée si vite redescende aussitôt. Je me suis retrouvée avec lui bien souvent en tête à tête en salle de repos, mangeant tous les deux notre bol de soupe, moment de pause, de coupure, de calme....
Madame G est clinophile. Elle aime rester alitée au point qu'avant, on la croyait grabataire. Mais elle marche très bien, elle déambule même par moment, surtout la nuit ! Le problème, c'est qu'en journée, il lui arrive de ne pas vouloir descendre, car elle inverse son rythme jour-nuit ( nyctéméral en langue médical ). Alors les AS m'appellent... Et bien souvent, j'arrive à la convaincre...
Madame X ne marche plus suite à une maladie aigüe, elle est restée alitée quelques temps et a perdu le réflexe de marche quand elle a été guérie de sa maladie. Mais la voir aujourd'hui marcher avec aide est une fierté !
Tous ces moments là, ces victoires, ces sourires,...c'est ma raison de faire ce métier justement.
J'aime le technique : faire des pansements, des gestes précis avec un but d'amélioration de l'état de santé. Mais ce que je préfère, c'est l'échange. Les résidents m'apportent quelque chose qui ne se décrit pas, une part d'humanité que beaucoup de monde oublient, emportés par la vie active et trépignente.