Des cours en soins infirmiers, mais aussi des recettes de cuisine et des lapins^^
Mémoire absente
Cette rue, là ! Je la reconnais. C’était… Je ne sais plus, je ne sais plus. J’ai oublié. Encore, toujours. Peut-être faut-il que j’avance ? Ça me reviendra. Enfin, j’espère. J’avance. La plaque indique « rue d’Italie ». Ce nom me dit quelque chose. Ces trottoirs, ces maisons, ces couleurs, ça me rappelle … Rien, toujours rien. Cette impression de connaître, de déjà vu. L’espoir que le déclic… Pas de déclic. La rue est vide, personne, pas même un chat. Si, là au fond, une silhouette qui se rapproche : c’est une femme, une jeune fille. Elle arrive d’un pas joyeux. Elle est blonde, pas très grande ni très petite, elle doit avoir seize ans, les cheveux longs, je ne distingue pas très bien son visage. Elle parle, je n’entends pas. Non, elle chante. Cet air, il me semble que… Elle avance vers moi, je la connais. Mais qui est-elle ?
Une voiture, derrière moi. Je me retourne. C’est un modèle récent, elle est bleue. Bleue comme la jupe de l’adolescente.
Cette dernière s’arrête de chanter et se met à me parler. Je ne comprends pas tout, seulement des bribes de phrases : Elle dit que la mort est imminente, qu’il ne faut pas lutter contre elle, qu’il faut se laisser faire. Ça fait mal au début, surtout si on se débat, puis après, on éprouve un sentiment de bonheur, de plénitude, une joie intense et tranquille. Elle dit que, de toute façon, on y passera. Ce n’est pas la peine que je me défende. Il faut que j’arrête de lutter, ça ne sert à rien. Une date revient souvent : le 23 décembre.
Le visage de la fille est flou. Je ne distingue pas ses traits. Je regarde le ciel : Il est bleu et le soleil est au zénith. Ce ciel me rappelle… Non, ça m’a échappé. Les freins de la voiture crissent. Je ne me retourne pas. J’ai enfin compris.
Elle est MOI.
Le 23 décembre 2001, Sophia H., seize ans, fut renversée par une voiture dans la rue d’Italie. Elle cessa de lutter contre la mort le 27 décembre.
Ecrit en 2001-2002
pour le Prix Maupassant de la jeune nouvelle de
l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes
Académiques de la Charente en 2002.
Prix Maupassant national 2002.