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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 20:49
Dans mon stage en maison de retraite, j'ai eu à prendre en soin de nombreuses fois une résidente pour un pansement.

Cette dame est maigre, elle n'a que la peau sur les os. Elle a une démence mais reste encore ancrée dans la réalité. Elle n'a jamais supporté qu'on la touche.
Elle a chuté il y a quelques temps de cela et s'est blessée au dessus de la poitrine et derrière le coude.

La blessure du coude a vite pris une certaine ampleur, se creusant, avec présence d'une importante inflammation et de fibrine nécessitant de refaire son pansement tous les deux jours.
La plaie du thorax est une croute creusée quand je la prends en soin.

Chaque soin est pour elle un calvaire :
On ( les infirmières ) lui fait mal avant même de la toucher, quand on remonte sa manche, quand on enlève le pansement, quand on nettoie et quand on referme le nouveau pansement.
Un jour, elle nous griffa moi et ma collègue. Elle tente aussi de nous taper avec la main, avec le pied...
" Vous me faites mal. " en litanie tout le long du soin.  " Je vais vous mettre une gifle, vous me faites mal"

Je vérifie son traitement et je vois qu'elle n'a que du paracétamol. J'évoque auprès de l'équipe la mise en place d'un traitement plus fort. En fait, elle a déjà eu un traitement antalgique avec dérivés morphiniques ou même opioïdes mais la famille l'a refusé car elle somnolait. Mais surtout car elle n'a pas mal !
D'aillleurs, quand les filles lui donnent le repas, elles ne lui donnent même pas son paracétamol. Pour ses enfants, cette dame qui crie que je la fais souffrir ne ressent pas de douleur !
J'aimerais un jour que ses filles voient le pansement et comment leur mêre souffre. Mais même cela ne serait pas suffisant car je soupçonne qu'elles pensent que la démence fait que cette dame ne ressent pas la douleur.

Alors de mon côté, je tente de :
- lui parler, je dirais même plus la baigner dans un bain de paroles, lui expliquant chaque geste et à quoi ça sert.
- réaliser le soin seule car elle réagit mieux que quand nous sommes deux avec elle.
- lui enlever tout son haut car c'est moins douloureux pour elle que de relever juste la manche

Mais je reste dans le questionnement :
- Doit-on toujours suivre l'avis de la famille ?
- Le médecin ne peut-il pas imposer un traitement pour le bien de sa patiente même s'il doit se positionner contre la famille ?
- Et l'équipe soignante n'a-t-elle pas un rôle auprès de la famille pour que celle-çi accepte le traitement ?

A l'heure où on parle d'éradication de la douleur, est-ce normal de laisser cette dame dans sa souffrance ?

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Published by heike - dans l'infirmier
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commentaires

li-lou 15/02/2010 07:32


C'est tout à fait vrai : l'âge qu'il avait et le fait qu'on se soit occupé de lui avec humanité permet de voir la mort sereinement. Le fait que le personnel soignant ne se dise pas : "à quoi bon,
il va mourir..." : il a eu un matelas spécial,de la morphine...etc...tout cela sans acharnement thérapeutique.


li-lou 13/02/2010 19:55


Nous avons rencontré ce même problème avec mon père en fin de vie au CHU de Limoges. Il est mort à 101 ans le 14 janvier de cette année.
Il n'avait que la peau sur les os, souffrait quand les infirmières lui faisait sa toilette, il a eu de la morphine, jamais on nous a demandé notre avis. Il a été merveilleusement accompagné dans
cette fin de vie qui a duré une quinzaine : il dormait et alors ? on sait aujourd'hui faire passer la lutte contre la douleur avant tout autre chose, et c'est tant mieux...il y a des familles bien
inhumaines !


heike 14/02/2010 21:46


Je suis désolé pour le départ de ton pêre.
Tu semble être sereine par rapport à ses derniers jours et c'est quelque chose qui résonne dans mon coeur.


Lee 11/02/2010 00:05


Si elle a des accès de lucidité, c'est à elle de parler à son médecin (ou de lui écrire) et de décider si elle souhaite un traitement, pas à sa famille.
Et pour moi, le rôle du personnel soignant est aussi de faire réaliser à la famille que la patiente souffre, souhaite et a droit à un traitement contre la douleur, même s'il la fait somnoler un
peu... Qu'ils se mettent donc à sa place !


heike 11/02/2010 16:12


Elle sait dire si elle a mal ou pas. Mais elle est incapable d'écrire ( mentalement et physiquement ). Je trouve qu'au nom du respect de je ne sais pas quoi, on laisse à la famille un nombre de
décisions qui ne leur revienne pas.